Pendant des mois, tous les corps de métier se sont succédé pour achever ce nouveau conservatoire. Les ouvriers ont accompli un travail remarquable sous la houlette de l’équipe de maîtrise d’œuvre, en collaboration avec les services municipaux.

La ville a travaillé en parfaite et étroite collaboration avec l’architecte Bernard DESMOULIN (Musée des Arts décoratifs, musée de Sarrebourg, Les Grands communs de Versailles etc.) : « Le bâtiment est une continuité version XXIème siècle du patrimoine de la ville de Clichy, dans son architecture de fer et de verre, nous avons voulu garder le lien avec l’existant comme la Maison du Peuple, les Entrepôts du Printemps… ».
La proximité du métro et l’étroitesse de la parcelle ont constitué un véritable défi pour la construction. Il a fallu éliminer les vibrations provoquées par les trains en posant les fondations sur une épaisseur de caoutchouc. L’auditorium a fait l’objet d’une technique encore plus originale en étant posé sur des ressorts. La salle est ainsi complètement indépendante à tel point que les techniciens n’hésitent pas à parler d’une « boîte dans la boîte ».
Le nouveau conservatoire Leo Delibes, en plein centre géographique de la Ville, est une somme de petites entités pédagogiques en retrait derrière de larges espaces de circulation longeant en façade la rue Martre. L’enveloppe, répétition de poteaux en acier, crée un effet grille qui le ferme de l’extérieur et l’ouvre grandement sur la ville, depuis l’intérieur. Dès le hall d’accueil l’opposition des matières brutes, béton-planche et métal et les matières chaudes, bois et or, joue agréablement les contrastes.
L’auditorium, proche de l’accueil crée un effet de seuil et laisse l’ensemble des fonctions – salles d’activités et pratiques collectives – se déployer le long de la parcelle.
34 salles sont réparties sur plus de 3000 m² avec un auditorium de 237 places.
Les circulations, très généreuses, conçues pour multiplier les perspectives bénéficient toutes de la lumière naturelle. Elles deviennent de vrais lieux autonomes et privilégiés rappelant qu’un conservatoire est un lieu de vie, d’échange et de rencontres. Les espaces de circulation, lieux de promenade, sont très larges et donnent directement sur la rue Martre. Le bâtiment, adapté aux personnes handicapées, est conçu selon les normes HQE et s’inscrit dans une démarche environnementale de qualité. Par exemple, le conservatoire de la rue Martre a adopté un toit végétalisé.
En dehors de l’aspect esthétique et écologique, ce que l’on sait peu, c’est que ce
« jardin » fonctionnera comme un isolant thermique et comme un filtre pour les eaux de pluie.
La particularité de ce conservatoire est d’être mitoyen d’un groupe scolaire très important (écoles Jules Ferry) et d’avoir deux accès directs dans les écoles élémentaires et maternelles.
Le tout est dédié à la pratique artistique dans 3 domaines : la musique, la danse et le théâtre. Ce lieu est avant tout porteur d’un projet pédagogique et artistique.
Interview de Bernard Desmoulin
« Ce bâtiment a été réalisé en collaboration avec Daniel Bouillet, directeur du nouveau conservatoire Léo Delibes. Nous nous sommes attachés à faire de ce lieu un endroit vivant où chacun pourrait y trouver sa place et se sentir à l’aise. Lorsque j’ai commencé à travailler sur les plans, j’avais réalisé 80% du projet mais pour les 20% restants, nous nous sommes concentrés sur les besoins et les attentes des futurs utilisateurs. Avec Daniel Bouillet nous avons visité pas moins de quatre autres conservatoires, et au fur et à mesure de ces visites, nous avons ensemble défini des critères importants dans la réalisation du bâtiment. Il fut vite évident que nous devions éviter d’avoir un grand hall vide et froid. Nous voulions un accueil chaleureux, et agréable. Les enfants rentrent et sortent comme si ils étaient chez eux.
Je me souviens également de l’une de nos visites, où nous avons été marqués par le silence qui régnait dans le conservatoire. Le lieu paraissait mort. Nous avons donc décidé de mettre moins de performances acoustiques entre les salles afin de laisser la musique s’échapper. Aujourd’hui lorsque que vous circulez dans les couloirs, vous pouvez entendre les sons qui se mélangent, piano, violon, guitare et autres.
Un autre point fondamental fut que chaque salle de cours et chaque pièce puisse être éclairée grâce à la lumière naturelle, et nous avons réussi. Les professeurs et les élèves en sont d’ailleurs ravis.
Enfin, une demande très spécifique de la part de Daniel Bouillet était que les bureaux administratifs se trouvent au quatrième étage. Habituellement la direction se trouve au rez-de-chaussée mais pour lui, il était d’une importance primordiale que l’on puisse traverser le conservatoire, ce lieu de vie, avant
d’arriver à la direction. C’est dans cette concertation et ce travail commun que nous avons pu aboutir à un lieu si vivant. Chacun a pu y trouvé sa place facilement, et c’est bien»
Prix Equerre d’Argent 2009
Le plus grand prix d’architecture en France, l’Equerre d’Argent, attribué par un jury composé d’architectes, de critiques d’architecture et de promoteurs et mis en place par la revue « Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment » a été attribué au maître d’œuvre Bernard DESMOULIN et au maître d’ouvrage la ville de Clichy pour le nouveau Conservatoire Léo Delibes.
Ce prix, qui existe depuis 1983, a retenu l’œuvre de Bernard Desmoulin parmi 12 finalistes sélectionnés par le Moniteur. Le projet de construction lancé lors d’un concours en 2004, avait désigné Bernard Desmoulin comme architecte pour la réalisation de cette nouvelle école municipale de musique, danse et art dramatique. Le bâtiment a ouvert en mai 2009 et a été inauguré le 23 septembre 2009 en présence de Jean-Paul HUCHON, président du Conseil Régional d’Ile-de-France.
Quelques témoignages des utilisateurs du lieu
Isis, Camille et Lila, élèves de Solfège, de violon en CM2 :
« Le nouveau conservatoire est plus grand et on aime bien. Il est beau, il y a beaucoup de salles
et il est mieux organisé. On peut en profiter et rester tranquillement faire nos devoirs quand nos parents ne sont pas là. L’accueil aussi est bien, on peut même y laisser nos trottinettes dans l’entrée. Cette année, on a eu envie de faire les ateliers « découverte » pour essayer tous les instruments, comme le violon ou le piano. »
Clara et Manon, élèves de solfège, en 6ème :
« Nous ce que l’on aime dans le nouveau conservatoire c’est qu’il est plus beau qu’avant. En plus il y a un ascenseur, des bancs pour s’asseoir, et même des douches ! On peut venir quand on veut et même répéter si on en a envie. En plus la salle de concert est vraiment belle et c’est bien quand nos parents viennent pour nos concerts, il y a plein de places et les fauteuils rouges sont beaux. »
Thomas et Jessica, élèves de guitare, en 6ème et en 5ème :
« Là on est dans le studio et c’est bien car on peut répéter encore avant d’aller en cours ou même y
rester après, alors qu’avant on s’ennuyait sur les bancs. On n’aimait pas trop aller au vieux conservatoire mais ici c’est bien, c’est tout le contraire. Les salles sont grandes et les couleurs
sont gaies. Nous on aime bien venir au conservatoire, et on est trop contents qu’il ait eu une récompense. »
Patrick Michel, le responsable des études :
« L’autre jour, j’ai rencontré un père de famille qui profitait du couloir vitré pour écrire son courrier pendant que sa fille était en cours. Il est vrai qu’à chaque étage le palier est lumineux et agréable avec vue sur la ville.